Wes Anderson – Le cas décolle !

Le temps passe, et les articles ne s’écrivent pas tous seul.
En effet, on se plaira à dire que nous avons laissé couler, glisser et s’enfuir le temps.

Mais au cinéma, c’est une chose qui peut être des plus positives. Un film peut devenir une très belle histoire, lorsqu’il se décide à suivre le fil du temps, à étendre sa durée à l’image des événements, avec ou sans ellipses.

Ayant honteusement détourné votre attention de notre absence, penchons nous donc sur le thème du jour.

Alors de quoi pourrions nous parler où le temps passe? Au milieu coule une rivière, où Brad et Robert se la coulent douce à la pêche ? Boyhood, à la réalisation courageuse et originale ?

Ah ! On m’indique à l’oreillette qu’un agent nous a trouvé quelqu’un :

Agent-Smith-in-The-Matrix-agent-smith-22575665-560-240

Monsieur Anderson, oui, mais pas Paul, il n’y aura ni Zombie ni explosion aujourd’hui mais de jolies histoires, des voyages et des familles.

En effet, s’il y a un bien un thème qui tient à coeur à Wes, c’est la famille et nous allons voir cela un peu plus loin.

 

Avant ça un petit rappel pour ceux qui auraient dormi dans l’fond.

Wes Anderson est un cinéaste américain né en l’an de grâce 1969. Bien qu’il n’ait pour l’instant pas eu l’occasion de rafler un oscar ou autre, il est récompensé de nombreux prix de cinéma indépendants pour des oeuvres touchantes et atypiques.Wes Anderson

Touchantes, c’est le cas de le dire, son thème favori est la famille comme nous avons pu le dire, plus encore, les effets du temps et des changements dans une famille. Que ce soit la recherche d’une figure maternelle pour les trois frères de Darjeeling Limited, ou paternelle dans Life Aquatic, ses scénarios tendent toujours à illustrer comment les membres d’un groupe, en évoluant, peuvent s’éloigner les uns des autres, jusqu’à ce qu’ils se retrouvent.

Ces personnages sont incarnés la plupart du temps par ses acteurs fétiches avec en tête Bill Murray qui ne sait que trop bien laisser la place aux drames, Owen Wilson que j’ai redécouvert grâce à Wes, et autres talentueux Schwartzman, Brody ou même Norton.

Anderson traduit à l’écran l’élastique qui relie ces enfants et leurs parents, ces maris et ces femmes, ces amis qui sont frères. Il retranscrit l’exact moment ou cet élastique, tendu à son maximum, semblant sur le point de craquer, peut tantôt lâcher, tantôt violemment rapprocher les hommes.

 

Mon analyse pourrait bien vous paraître obscure, et pour cela, rien de mieux qu’illustrer mon propos en faisant le parallèle avec quelques uns de ces films.

Attention néanmoins, si vous souhaitez approfondir le sujet, vous risquez le spoiler, bien que je limite celui ci au maximum, si vous souhaitez être ‘vierges’ lors de votre visionnage, je vous invite donc à filer mater « Life Aquatic » dont il sera question ici puis à revenir, pour mieux me comprendre. Les autres films sont tout aussi bons mais j’avoue ma faiblesse pour celui dont je me servirais pour illuster.

Sinon vous pouvez rester 🙂

Bref, qu’est ce que c’est cette élastique si sensible et sans sursis ? (c’est bon pour votre élocution 😉 )

 

Dans Life Aquatic, Owen Wilson interprète un jeune homme qui rencontre son père alors qu’il a plus de 20 ans, son père est un marin tourmenté qui vit depuis des années avec son équipage et tourne des films sur ses explorations. Ayant perdu son meilleur ami peu de temps auparavant Zissou père, au plus bas, ne sait pas vraiment quoi penser, mais finit par proposer à son fils de le rejoindre dans sa prochaine expedition, et c’est là que l’élastique arrive.
Au moment même où le jeune homme revient, Zissou, en besoin d’amour suite aux épreuves rencontrées et aux pressions environnantes est violemment attiré vers le garçon, et veut rattraper le temps perdu. Résultat, son autre famille qu’est son équipage devient jalouse et menaçante. C’est l’élastique le reliant à son « autre famille » qui, ici, se tend fortement.

La seule solution alors, c’est de rassembler les personnes, les rapprocher toutes pour que ce ne soit plus Zissou qui encaisse toutes les tensions et soit forcé à un choix qui au final n’est pas obligatoire.

Wes parvient à faire transparaître ces sentiments dans des dialogues face à face alternés de discours où transpirent les sentiments. Des images aux couleurs parlantes et des travellings bien sentis viennent justifier ces discours avec finesse et accompagner les voyages permanents des personnages d’Anderson, jamais fixes tant que l’élastique n’a pas rompu, ou ne s’est détendu.

Les travellings, c’est la traduction à l’image du temps qui passe, et du chemin qui est parcouru.

Les cadres serrés, enfermés entre des colonnes, des portraits, des cabines de train ou de navire, c’est l’isolement, l’étau. La fin d’un voyage pour Anderson, c’est la fin de cette tension, la résolution.

Les personnages se fixent, sortent des cadres fermés qui font la patte de son cadre et respirent enfin, c’est tout ça un film d’Anderson, une jolie histoire sans prétention qui parle visuellement. J’oserai même dire qu’on pourrait regarder un film d’Anderson sans les dialogues, et même si l’ont y raterait des subtilités, on pourrait comprendre et saisir l’émotion qui se dégage.

 

Voilà en quelques phrase ce qu’est la réal’ d’Anderson, des relations sismiques et vibrantes portées par des personnages haut en couleur et au sentiments débordants et extrêmes. Un voyage sur le fil tendu des relations humaines.

 

About author
Photo du profil de Romain - Hak - Q.

Your email address will not be published. Required fields are marked *