La recette secrète de Tim Burton !

Vous suivez les sorties ces derniers temps ? Vous avez entendu parler de Miss Peregrine ?

Oui, oui, l’espèce de croisement chelou entre l’univers alambiqué de Tim et les X-Men !
J’ai été très intrigué par ce film, et je me suis donc rendu au cinéma pour le voir, et je ne regrette pas.

Vous savez pourquoi  ? Parce que quand je pense Tim Burton, je m’attends à une adaptation avisée d’un mythe et on va voir comment sa maîtrise du conte et du fantastique est la clé de tout cela

Alors ici, prenons du recul voulez-vous, et tentons de découvrir la recette de l’étrange réalisateur et producteur :

Des Enfants pour l’imaginaire, des grands pères pour les raconter

C’est une habitude pour Burton ça, de créer l’imaginaire dans la tête des enfants avant de lui donner corps dans l’histoire. Que ce soit les fantasmes qu’évoque la chocolaterie de Wonka, les histoires de Big Fish, ou les cavalcades d’Abe dans le film d’aujourd’hui. C’est d’une habileté déconcertante et c’est ce qui permet toujours au ressort fantastique d’être très vite cohérent. Et  donner vie et cohérence à un univers, ça permet de mettre le spectateur dans une situation proche de celle des personnages, bref c’est impliquant.

Dans Miss Peregrine, c’est comme ça que l’on se retrouve plongé dans l’univers :

  • Le grand-père nous raconte l’histoire au coin du lit. Sans jamais la prétendre vraie.
  • Le soir où le film prends sa tournure fantastique, on ne fait qu’apercevoir des éléments inquiétants, mais rien de concret
  • On revient à la vie normale du personnage principal en y disséminant des éléments louches.
  • Et là on se fait happer dans le fantastique brutalement.

Vous avez vu où tout se passe ? A mon avis c’est à la troisième étape que l’on accepte l’élément merveilleux, comme cohérent. C’est une des bases du fantastique, mais ici c’est utilisé au service du conte :

Le Fantastique doit intégrer des éléments fantasmés dans la limite d’un cadre réel, pour en faire une réelle menace.

Le conte habituellement ne s’embête pas de cela, et prends comme acquis toutes les possibilités magiques, monstrueuses ou autres. Le fantastique a l’art de brouiller les pistes, comme le faisaient Lovecraft, Edgar Poe (Qui n’est pas un modèle pour notre réalisateur du jour pour rien) et tous les maîtres du Fantastique… Le conte lui n’a jamais eu ce besoin d’entretenir la limite, chez lui, l’univers est magique et tous ce qui paraît surnaturel est justifiable par cela, là où le fantastique en ne pouvant se justifier ne nous autorise pas à nous dire : « Ok c’est magique ».

Et pour le coup ici, il y a comme un petit quelque chose de plus qui va en ce sens, qui rend les événements injustifiables et troublants, ce n’est pas uniquement la structure du récit qui en fait un récit fantastique. Il y a deux choses :

D’une part l’époque des faits est très proche de la nôtre, d’autre part un choix scénaristique fait la différence pour nous plonger dans l’histoire.

Des Monstres oui, mais pas n’importe lesquels

Qu’il s’agisse d’Halloween, avec A Nightmare Before Christmas (L’étrange Noel de Mr Jack pour les non-anglophones), ou de légendes moins abstraites comme dans Sleepy Hollow, l’adaptation du mythe du cavalier sans tête, Tim Burton a toujours a cœur de donner corps à ces mythes dans des univers originaux et très identifiables. Mais ici, il a fait encore mieux que prendre un simple mythe, une légende que l’on sait être un conte.

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Une représentation du fameux Slender-Man

Il s’est emparé de la légende urbaine du Slender-Man ! Vous connaissez ?

Le Slender-Man est une CreepyPasta, une légende urbaine. Un être très grand, ressemblant à un homme, sans visage, aux membres anormalement longs et des tentacules. Il est connu pour être à l’origine de disparitions notamment d’enfants. Si ça ne vous effraie pas, je vous invite à jouer à ce jeu 5 minutes et on en reparle.

http://slendergame.com/

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Une photo d’époque, dérangeante…

Mais la particularité qu’à cette histoire, c’est qu’il s’agit d’une légende très récente, inventée sur Internet de toute pièce par les membres d’un forum et quelques effets de viralité qui sont venus appuyer les dires des uns et des autres pour ensuite être à l’origine d’innombrables fan-fictions et autres adaptations. Et en choisissant cette histoire, Burton compte bien en donner sa vision, et sait qu’il touchera un grand nombre parmi le public adolescent et des jeunes adultes. Lui aussi veut peut-être devenir viral ?

Et pour autant, il a eu l’intelligence de ne pas en faire le centre du film, ainsi, on ne va pas voir un film « où le méchant c’est Slender Man », ce qui en fait un point clé lorsqu’il apparaît. Une vraie menace apparaissant seulement de façon très infime au début du film. Pesant, effrayant, volatile car on le voit un instant dans les arbres puis il disparaît. Une vraie menace fantastique.

Mélangez bien les ingrédients et mettez-y une touche d’Hollywood

Ok, maintenant que nous avons la matière première, commençons à concocter notre plat :

Une pincée de conte insérée dans l’histoire pour attiser la curiosité, une construction de récit fantastique inquiétante, un plongeon vers un univers merveilleux soigné et un vernis Hollywoodien de type Eva Green (toute appelée pour ce rôle après Penny Dreadful) vs. Samuel L. Jackson (le méchant parfait du moment). On remue le tout et on obtient notre Burton parfait :

Un Conte actuel, aux allures bigarrées si ce n’est inquiétante, plein d’action et de découvertes inattendues. Autant vous dire qu’il me semble assez difficile de s’ennuyer quand on va voir ce film au ciné. En plus j’ai fait l’effort de ne pas en dire trop alors dépêche-toi, pour une fois que je parle d’un film qui est encore à l’affiche 😉

 

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Comments
  • Mit chu#1

    18 octobre 2016

    Très bel article, très bien construit. Ayant aussi vu le film au cinéma je valide totalement ton analyse du film, que je recommande chaudement.

    Répondre

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