[Blade Runner 2049] Planter l’attente

Il y a quelques jours, nous sommes allés au ciné, pour le très attendu Blade Runner 2049. Après un peu de temps pour digérer tout ça et pour fêter ce jour les 37 ans de Ryan Gosling, au moment où j’écris, je me suis dit que c’était l’occasion de mettre à l’épreuve ma nostalgie.

Je dois bien avouer que même si j’étais hypé comme tout de cette sortie, arrivé devant les portes je faisais un peu de l’huile. Car je ne suis pas de ceux qui pensent qu’une suite, mauvaise ou décevante, est un affront aux œuvres originales; mais quand bien même, j’avais des attentes.  Et tout s’est très bien passé.

Dans cet article, j’ai voulu décrypter ce qui a permis à Blade Runner 2049 une oeuvre unique et non le pastiche dont j’avais peur en entrant. Des décors au cast, venez découvrir les ficelles d’une adaptation SF super satisfaisante.

 

Passer derrière Ridley Scott n’est pas tâche aisée, surtout quand il s’agit qui plus est d’une adaptation d’un maître de l’anticipation (ndlr. Philip K. Dick). A cela vient s’ajouter le casting osé avec Jared Leto et Ryan Gosling au premier plan.

Déclinez vos identités et/ou Numéro de Série

Si un thème prédomine dans le film, c’est celui de l’identité. Qu’il s’agisse d’origine, de filiation ou pus métaphoriquement de rapport à soi, on parcourt le sujet en long et en large avec une poésie savoureuse.

Les apparences sont trompeuses et c’est là tout le sel de Blade Runner 2049.

Aussi, le choix des acteurs est particulièrement juste. L’habituelle stoïcité de Ryan fit de lui le parfait réplicant. Mais ne me faite pas dire ce que je n’ai pas dit. Son impassibilité est une part de son jeu qui le rend excellent contrairement à ce que l’on pourrait penser. Il met en exergue de nombreux points clés de ses personnages. Son jeu est composé de postures et de tics visuels, subtils mais perceptibles. Il incarne ici un doute qui n’est pas permis dans cette tyrannie dystopique.
En face de lui, sa Némésis féminine propose un jeu très similaire, ce qui en fait un antagoniste égale au bogoss’. Leurs personnages portent les même démons qu’ils expriment avec une grande finesse.

On croisera également Jared Leto, qui même s’il m’a moins plus dans la performance prote un personnage qui se passe presque de son identité devenu publique et hégémonique par son emprise commerciale et sociétale, jusqu’à l’intimité même des personnes. Elevé à un rang presque déistique pour cette société, il veut façonner l’identité de chacun en son monde. Un écho léger mais fin à l’opus précédent, et une contradiction avec le personnage de Gosling qui, lui, subit les déviances du monde imparfait qu’il traverse.

En définitive le cast présente une belle synergie qui tranche fortement avec les propositions de Ridley Scott qui use souvent (dans Alien par exemple) de personnages forts, aux caractères très marqués. Villeneuve choisit de son côté de se servir de personnages moins idéalistes, aux volontés plus nuancées. Ils servent un propos sous-jacent, presque insidieux parfois. Il choisit à côté de cela de les placer par des jeux de cadrage dans un environnement très riche de sens. Cela lui offre d’une part un rendu visuel sublime et d’autre part l’immersion dans l’univers est d’autant plus réussie.86399_blade-runner-reparto-comic-con-2017[1]

Un monde bruyant qui résonne dans le vide

Denis Villeneuve parvient par sa réalisation et la direction artistique de l’oeuvre à jongler entre autre avec fourmillement crasseux des zones urbaines et silence pesant des déserts environnants avec brio.

blade-runner-2049-4[1]On trouve d’une part les faubourgs steampunk de l’original, incluant des personnages bigarrés comme pouvaient l’être les premiers réplicants que chassait Deckard; d’autre part, nous sommes invités à découvrir (si inviter peut se dire pour un environnement si hostile) sa vision du monde extérieur déserté.

L’ambiance est pesante dans des décors extérieurs dignes d’un Fallout. Les terres dévastées sont parsemées de gigantesques vestiges décadents et les lieux semblent hostiles. Le hors-champ généré par un brouillard omniprésent, crée une menace constante sur des plans larges habituellement à usage d’exposition. Les personnages se retrouvent perdus dans les cadres, dépassés. Ryan Gosling restera d’ailleurs constamment sur le qui-vive, observant lentement et scannant les alentours systématiquement.
Le décalage que l’on peut relever dans les valeurs de cadre et les contrastes puissants appliqués créent un sentiment de lâcher prise et de menace presque surnaturel.

En intérieur, c’est l’abandon qui nous envahit façon Bioshock, venant habiller les lieux de 1000 histoires qui n’auront jamais su trouver leur terme. C’est même parfois prétexte à une brise d’humour tant rafraîchissante que grinçante.

Je dois bien avouer que j’ai été ravi de découvrir ces nouveux lieux qui, tout en conservant la cohérence du monde de K. Dick, apporte un vrai bol d’air et évite de sortir de la salle avec une impression de Déjà-Vu que les remakes peuvent porter.

 

Denis Villeneuve appose sa signature sans l’imposer.

On va pas y aller par 4 chemins, l’exercice est plus que maîtrisé et j’ai hâte de retrouver derrière son poste de réal’ !

 

Si vous l’avez aimé, n’hésitez pas à partager cet article, et à très bientôt !

 

 

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Romain - Hak - Q.

J'aime être vos yeux et apporter de nouvelles lectures à mes programmes et œuvres favoris. Mais soyons honnêtes j'fais beaucoup de jeux de mots plus ou moins bons et compréhensibles si vous ne l'avez pas vu. Et surtout j'adoooooooooooooooore le fromage avant tout !

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